Titre volontairement provocateur.
Sur fond de vote controversé de la loi pour la « protection de la création sur internet », ou plus communément appelée loi hadopi, (imposant l’application généralisée de mouchard sur votre ordinateur entre autre, ou de pare-feu OpenOffice) un article du monde du 3 Avril ouvre la discussion avec Cédric Littardi, PDG de Kaze, éditeur bien connu dans nos contrées.
connaissance du contenu de cette interview, qui servira ici de base à la suite de l’article.
Que peut-on ressortir en substance :
- L’animation serait le secteur le plus téléchargé et le moins protégé, faute aux producteurs japonais qui seraient tellement ancrés dans les traditions qu’ils ne comprennent pas comment on peut avoir le déshonneur de « pirater » leurs oeuvres.
- Le marché du manga est en chute libre, et il est encore plus touché que les autres par la crise.
- Les systèmes de distribution japonais et français sont très différents, ce qui ouvre la porte au fansub.
- Certains créateurs refusent la distribution de leurs œuvres sur internet.
- Les éditeurs n’ont pas encore les moyens de proposer une offre légale cohérente.
Et maintenant que dire de tout cela ?
D’une part, on constate que le marché du manga et de l’animation subit également la crise (en même temps, quel secteur ne la subit pas ?), rien d’étonnant à cela (cela explique peut-être la qualité des anime de la dernière saison), et les japonais ont bien du mal à s’intéresser aux problèmes des éditeurs étrangers. Pas étonnant que les mecs de Kaze ou Dybex se sentent bien seuls face aux hordes de narutards en manque. Donc forcément, M. Littardi il râle parceque son gagne-pain est grignoté par des « gus dans leur garage », et propose une solution parfaite : arrêter de pirater !
Merci, on nous l’avait encore jamais faite celle-là. Ne soyons pas mauvaise langue, il propose quand même de réduire les délais entre diffusion japonaise et française, voilà un bon point. Mais quand on analyse un peu son discours, on se rend compte que les solutions sont à peu près déjà là, et il ne suffirait simplement que d’un peu de réflexion et une modification de leur business-model pour réussir à détourner des moyens illégaux le quidam un tant soit peu honnête.
En effet il constate que :
En France ou en Europe, avant de diffuser une série, on attend qu’un certain nombre d’épisodes soient déjà prêts, alors qu’eux produisent parfois les épisodes d’une semaine sur l’autre. Cela rallonge le délai entre la diffusion au Japon et l’offre légale à l’international.
[...]
De plus, un épisode diffusé au Japon peut avoir été fini la veille de sa diffusion, ce qui rend plus difficile la mise à disposition sur une plate-forme légale qui a plus de contraintes qu’une équipe de sous-titreurs pirates.
Pourquoi ne pas calquer sur le système japonais alors, si la demande correspond ? Avec l’avènement d’Internet, les gens ont pris l’habitude de tout avoir à disposition, et ne supportent pas d’attendre. Le rythme d’un épisode par semaine semble convenir à la plupart, autant se caler dessus. Les délais ne semblent pas tant être un problème, puisque doit proposer les nouveaux épisodes de Full Metal Alchemist en VOSTFR dans la semaine de la sortie japonaise via un webcast sur leur site. Reste bien sûr la question de la qualité proposée, mais vu le nombre de personnes que j’ai pu entendre dire « moi je regarde tout en streaming la qualité je m’en fous », ce n’est qu’un débat pour les plus demandants d’entre nous, dont je fais partie.
L’argument selon lequel une équipe de fansub a moins de contraintes qu’une équipe de professionnel disposant d’une plate-forme légale me semble très léger. Je ne pense pas qu’une fois l’épisode sous-titré, timé, passé au QC, il soit beaucoup plus compliqué pour un éditeur de le mettre à disposition sur une plate-forme VoD comme iTunes ou les systèmes TV des FAI, que pour des fansubbers utilisant Bittorrent ou le DDL. TF1 y arrive pour Heroes ou Lost notamment.
Et on peut plus ou moins déjà faire ressortir le business-model : épisode en streaming de moins bonne qualité, limité dans le temps (1 semaine), à disposition sur le site Internet de l’éditeur, avec simultanément la vente à l’unité de l’épisode sous-titré en HD 720p via les plates-formes VoD pour les amateurs de qualité, puis la vente des DVD/Blu-Ray sur le modèle actuel pour les collectionneurs, les amateurs du « petit plus » ne pouvant être proposé que par ce moyen-là (livrets, figurines, etc), ou les gens souhaitant de la VF (j’ai ri). Seul bémol, comme il M. Littardi le dit lui-même « certains créateurs s’opposent à la distribution de leurs œuvres par Internet », cependant on peut tout de même penser que ce raisonnement va tendre à disparaître et que l’exemple montré via Dybex va se généraliser.
Alors bien entendu, cela n’endiguera pas le téléchargement illégal, mais une solution de ce type pourrait certainement permettre aux éditeurs de s’y retrouver beaucoup mieux, et pourraient en plus montrer la voie aux autres secteurs du divertissement qui s’entêtent à taper sur les internautes avec le soutien de notre cher gouvernement, plutôt que de réfléchir 2 minutes sur les possibilités offertes par ce nouveau média qu’est Internet.
